Encouragements

Ils me le disent souvent : d’un mot qui touche

Pour réveillé le sourire ou les pleurs

Quelques doux airs font erré sur ma bouche

Quelques fraîches couleurs.

Ils me le disent ! Connaissent-ils mon âme

Pour lui vouer sympathie ou dédain ?

Non, je le sens, la louange ou le blâme

Tombe au hasard sur un fantôme vain.

Ah ! si mes chants ont brigué leur estime

C’est que la mienne a passé mes efforts

Car ma vie n’est qu’une lutte intime

Mes pensées de frêles accords.

Encore quelques jours, pour jeter sur ces pages

Pour, à mon gré, répandre dans mes vers

Ce que je vois de brillantes images

Ce que j’entends d’ineffables concerts

Quelques jours, mais oui , même une heure

Pour m’épancher, livrer un mot, un son

L’esprit captif qui dans mon sein demeure

Bat vainement les murs de sa prison

Ainsi s’accroît la flamme inaperçue

D’un incendie en secret allumé

Lorsqu’au dehors elle s’ouvre une issue

C’est qu’au dedans elle a tout consommé.

Fixant les voûtes éternelles

Contemplant les oiseaux

Pourquoi, mon Dieu, me refuser ces ailes

Qui d’un essor me porterait dans vos cieux

Moi qui, du monde aisément détachée

Aspire à fuir les chaines d’ici-bas

Dois-je glaner, vers la terre, penchée

Un peu d’amour répandus sous mes pas ?

Qu’après moi rien de moi ne demeure !

Penser ! souffrir ! sans qu’il en reste rien

Sans imposer, devant que je ne meure

A d’autres cœurs les battements du mien !

Sons enchantés, qu’entend mon oreille

Promesses mensongères, rêves où je me plus

Vous, qui m’ouvrez un monde de merveille

Où serez-vous quand je ne serai plus ?

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