La Pluie qui désole

Le tapotement des gouttes à la vitre

Rythme avec entrain le remerciement

De la nature, et ses balbutiements

Humides clôturent ce doux chapitre.

Et la cadence répand, irrégulière

Le sourd message du morse divin

Le clapotement de force neuvains

Et de leur harmonie particulière.

Les tambourinements sur la glace

Progressent à mesure que les cieux

Dévident leurs corps irrévérencieux

Sur la terre chaude devenue lasse.

Les trombes d’un liquide séculaire

Tombent avec l’illusion d’un chant captieux

Et l’espoir semble presque sentencieux

Sous ce ciel, déversoir moléculaire.

Naissance

Je suis née au milieu du jour

La chair tremblante et l’âme pure

Mais ni l’homme ni la nature

N’ont entendu mon chant d’amour.

Depuis, je marche solitaire

Pareille à un ruisseau qui fuit

Rêveusement dans les fougères

Et mon coeur s’éloigne sans bruit.

Un Rêve

Je ne veux qu’un rêve

A demi-flottant

Que mon âme brève

Passe en voletant

Que la brume fine

L’enveloppe aussi

Qu’elle s’achemine

Sans autre souci

Que celui d’errer

Avec une brise

Sur l’arbre léger

Sur la terre grise.

De la Nuit au Jour

La nuit n’est plus pénible

Enveloppée dans les nuages

Elle se remet du jour et de la tristesse

Dans son sillage, les orages blessent

Se défient les oiseaux volages

Sombres et volubiles.

Pourtant c’est bien là que l’on rêve

C’est dans cet air, que se jouent les meilleures trêves

Qui apaisent et qui intègrent

Les éclaircies ne se voient guères

Mais il est sûr qu’elle sourit

Dans le jour se cache la belle nuit.

Je me souviens

J’aimais changer de cieux, de climat, de lumière

Oiseau d’une saison, je fuyais avec l’été

Et mon vol inconstant allait du rivage austère

Au rivage enchanté.

Mais qu’à jamais le vent bien loin du bord m’emporte

Où j’ai dans d’autres temps suivis des pas chèris

Et qu’aujourdhui déja ma félicité morte

Jonche de ses débris !

Combien ces lieux m’ont plu ! non pas que j’eusse encore

Vu le ciel y briller sous un soleil pâli

Le bonheur qui dans mon âme enfin venait d’éclore

L’avait seul embelli.

Hélas ! avec la maladie ont disparu ces charmes

Assise au fauteuil, regardant ce ciel brumeux

Je vois se lever comme un fantôme en larmes

L’ombre des jours heureux.

Oui, pour moi tout est fini, ne reste que cette page

De la présence chère et du regard aimé

Fini la voie connue et de la douce image

Dont j’eus le coeur charmé.

Comment pourrais-je encor, désolée et pieuse

Guérir ce coeur meurtri

Oublier ces voyages , seule, ou en compagnie joyeuse

où j’ai souri ?

Si rien ne peut refleurir, le présent sans charmes

Projet….. brisé

Du moins mon pauvre coeur, fatigué de mes larmes

Doucement s’est apaisé.

Maintenant sous mon ciel que le jasmin parfume

Et qui sourit toujours

Rêver aux temps aimés, et voir sans amertume

Naître et mourir les jours.

Bonheur et Solitude

Au coeur solitaire du bonheur

Devenu mon coeur même

Quelle paix divine en ce jour

Et quelle plénitude suprême !

Ô le rire adorable d’amour

De tout ce qui m’environne

Autour de mon bonheur en fleur

Une abeille éternelle bourdonne….

Elle se clôt doucement et apaise

Mon âme heureuse.

Il se tait

L’oiseau qui chantait.

Esprit libre et se laisser guider intérieurement

L’inspiration vole

Comme des ballons

Dans la nuit, elle s’affole

Dans le jour, elle est sucrée comme des bonbons.

On la tient dans le creux de la main

Pour pas qu’elle s’envole trop loin

On l’oublie parfois

Elle nous revient grandi et avec plus de voix.

Les jours de bonheur, elle nous sourit

Et les jours de pluie, elle nous sauve de l’ennui

Elle saute dans nos mains ou sur le papier

Tenez-la bien ou elle va encore s’échapper.

Elle est coquine et nous joue des tours

Elle fait le contraire de ce qu’on lui dit

Elle joue trop souvent avec l’amour

Malgré nos efforts, elle est faite ainsi.

L’inspiration comme un ballon

Est joyeuse et rose bonbon

Elle nous en fait voir de toutes les couleurs

Mais fait tout pour éloigner le malheur.

On la met sur papier

Et elle s’empresse de créer un monde enchanté

Dans lequel il nous est permis de nous laisser aller

Elle nous emmène parfois très loin

Et décide souvent de nos actions de demain.

Les Cloches sont en voyage, mais reviendront !

Les cloches sont parties

Les grosses cloches les premières

Où les petites, que sait-on ? si diverties

Si pimpantes de s’en aller toutes légères !

Leur jupe bouffe autour d’elles

Et le battant ne dit rien

Comme un oiseau blotti dans une cage.

Elles volent sans ailes

Par des chemins à elles, très anciens

Des chemins bleus au dessus des nuages.

Les gros bourdons, parfois devant, parfois derrière

S’essoufflent à vouloir montrer qu’elles vont vite.

Et les petites cloches des couvents

Ou des églises de campagnes, si petites

Qu’elles semblent des gobelets d’enfants, si fières

D’aller quand même à Rome sont devant

Derrière, et partout à la fois, toutes légères.

Les enfants regardent en l’air, criant Bonjour !

Les gens d’âge lèvent aussi la tète

Mais ne les voient plus de leur yeux clignotants.

Et les enfants attendent leur retour

Comme une grande fête

Les gens d’âge attendent aussi, comme on attend

Quand on n’est plus bien sûr de croire aux œufs de Pâques…

Cependant, il faut croire aux miracles, toujours.

Resonnez les Matines, frère Jacques !

Je verrais les cloches reparaîtrent, se hâtant…

De leur jupes, sur les jardins, glisse autour d’elles

Tout le printemps de Rome, et de chaque battant

S’échapper , des alléluias, deux hirondelles

A l’approche de Pâques

Mon âme est pleine de cloches

Mon âme est pleine d’oiseaux

Je vois au miroir des eaux

Trembler les étoiles proches.

Mon âme est pleine d’églises

Mon âme est pleine de fleurs

Les enfants oublient leurs pleurs

A chanter parmi les brises.

Mon âme est pleine d’archanges

Mon âme est pleine d’essors

J’entends travailler les forts

Pour l’espoir d’un gain en change.

Mon âme est pleine de joie

Mon âme est pleine de dieux

Amour bande-moi les yeux

Pour me guider dans la voie

Casablanca ET SON MINARET

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Je m’amuse

Devant moi, trois coquetiers

Dans les trois coquetiers

Trois œufs bien droits posés !

Photo de Monica Turlui sur Pexels.com

Celui-là est en bois :

Je n’y goûterai pas !

Mais il est doux contre ma joue.

Celui-là est ouvert….

Toc-toc-toc, c’est l’œuf coque

Que je mange à la petite cuiller

Celui-là est en chocolat :

C’est l’oeuf que je préfère

Je le garde pour mon dessert.