Ma Consolation

Quand le Dieu juste, attendri par mes larmes

De mon cœur oppressé soulève un peu sa main

Et, donnant quelque trêve à mes longues alarmes

Laisse tarir mes yeux et respirer mon sein.

Mon cœur revient à Dieu, plus docile et plus tendre

Et de ses châtiments perdant le souvenir

Comme un enfant soumis n’ose lui faire entendre

Qu’un murmure amoureux pour se plaindre et bénir !

Poème de Paul Verlaine

Les sanglots longs

Des violons

De l’automne

Blessent mon cœur

D’une langueur

Monotone

Tout suffocant

Et blême, quand

Sonne l’heure

Je me souviens

Des jours anciens

Et je pleure

Et je m’en vais

Au vent mauvais

Qui m’emporte

Deçà, delà

pareil à la

Feuille morte.

Qu’il est beau ce poème !

J’ai épuisé ma plume

Jusqu’au bout de moi

Jusqu’à plus rien

La gorge pleine de roches

Ma voix s’étrangle

Mes mains deviennent muettes

Je m’égare dans mes silences

J’erre dans des ailleurs

Habite des espaces

Qui ne m’appartiennent pas

J’incarne des chairs inconnues

Respire une autre vie

Me perds dans de nouveaux visages

Je meurs et part une fois de plus

Espoir et Crainte

Il n’y a pas d’espoir sans crainte

Sans inquiétude en souterrain

La crainte rend la joie prudente

Et l’espoir vibre en attendant.

Désire–t-on changer les dates

Accélérer les agendas

Il n’y a pas d’espoir sans crainte

Sans inquiétude en souterrain.

Dans l’espérance on sent le doute

Moins violent qu’elle, et même doux

Que l’avenir parle sans cris

Ou langue neuve et non écrite

Il n’y a pas d’espoir sans crainte.

L’espoir se lève au fond des craintes

Il atténue plainte et chagrin

Rend l’affliction moins imprudente

Chez qui se croit perdu perdant.

Il attend le report des dates

Qui nous soucient dans l’agenda

L’espoir se lève au fond des craintes

Il atténue plainte et chagrin.

Dans la tristesse on voit le doute

Recommander qu’un ton plus doux

S’exprime en mots non pas en cris

La fin n’est pas d’avance écrite

L’espoir se lève au fond des craintes

La Pluie et sa douce musique

Sous la musique de la pluie

La rime coule de source

S’égoutte mot à mot

Dans la bouche du poème.

Nous y buvons le verbe

Dans le calice du jour

Nous y noyons nos larmes

Dans les draps de la nuit.

Nous avons pour la pluie

Cette douce tendresse

Qui nous berce

Depuis l’enfance.

Nous avons pour la pluie

Ces regrets de l’ombre

Qui déjà nous ramènent

Au bord de nous-mêmes.

Petit bonheur

Et si un jour, je savais

Te retenir près de moi

Et, si un jour, je pouvais

Te serrer tout contre moi.

Toi, petit bonheur.

Un jour, je te raconte

Viens, viens à côté de moi

Un jour, pour que je chante

Un refrain, rien que pour toi

Pour toi, petit bonheur.

En un instant tu es là

Tout près de moi

Puis un jour, tu es là-bas,

Je veux être avec toi

Toi, mon petit bonheur.

Je demande Pouce !

Entre le Temps et moi

Un pacte,

Avant l’incendie de l’âme

Qu’aucune heure n’éteindra celui de s’aimer

Malgré la trahison des rides à la cène de l’insouciance

Malgré la proximité de la mort, sa présence aride

Si perceptible sur mon corps

Je demande au Temps : Pouce !

Afin de vivre encore des jours heureux.

Le Temps

Dans le temps

On avait le temps de prendre son temps

Le temps de de grandir,

Le temps de marcher, le temps de courir

Le temps de prier et de réfléchir,

Le temps de conter tant de souvenir

Le temps de chanter, le temps de vieillir

Le temps d’aimer et de mourir.

A présent,

L’homme tout le temps

Court après le temps

Il n’a plus le temps de perdre son temps

Et pourtant

Il arrive un temps ou la mort l’attend.

Le temps

Est trop lent pour ceux

Qui attendent

Trop rapide pour ceux qui ont peur

Trop long pour ceux qui souffrent

Trop court pour ceux qui célèbrent

Mais pour ceux qui aiment, le temps est éternel.

Le Temps passe

Et chaque fois qu’il y a du temps qui passe,

Il y a quelque chose qui s’efface.

Le temps qui passe

Et les années qui s’effacent

Le temps qui passe

Et nous laisse seuls devant la glace

Les rides au bord des yeux.

Et dans nos cœurs nos souvenirs

Le temps passe silencieux

D’un avenir que l’on ne peut définir

Il passera le temps

*Il volera notre jeunesse

Il volera notre vigueur d’antan

A l’affût de la moindre faiblesse.

L’oubli

Je voudrais oublier

Pour un jour éviter

De devoir maudire

Et qui sait, haïr….

Je voudrais rayer

Le présent, le passé

Effacer le sourire

Qui me fait tant souffrir….

Je voudrais tout enchainer

A mes rêves brisés

Empêcher tout de venir

Hanter mes souvenirs….

Je voudrais ravaler

Ces larmes trop versées

Me libérer, courir

Vers la Vie, et en rire….

<je voudrais à mon gré

Contre vents et marées

Enfin de tout guérir

Elire mon devenir….

Tout est gris

Moment d’arrêt,

Quand tout se fige, s’efface

Que l’âme se noie dans un vide gris

Un néant troublant.

Ce n’est pas encore la nuit

Ce n’est plus le jour

Mais une pénombre te brouillant la vue,

Les certitudes.

Des ombres défilent en contre-jour

Les désespoirs resurgissent

Tout s’oblitère dans un gris imperméable.

L’avenir sombre en non-existence

Dans ce gris entre jour et nuit

Qu’un voile tout recouvre

C’est l’heure grise

Insidieusement menaçante,

Les Mains

Mains de trêve, mains de l’oubli

Voilà que se prennent les mains

De ceux qui sont amis.

Voici que se prennent les yeux

Les yeux de ciel les yeux de feu

De ceux qui ne sont pas heureux.

Voilà que se touchent les fronts

Fronts du regret fronts de l’orage

Voilà que se touchent les fronts

De ceux qui n’ont plus le courage.

Voici que s’unissent les noms

Noms enlacés ô tendres noms

Voici que s’unissent les noms

De ceux qui n’ont plus de maison.

Voilà que se mêlent les rêves

Rêves de joie ô fleuves d’or

Voilà que se mêlent les rêves

De ceux qui espèrent encore.

Voici que se heurtent les mots

Mots insensés ô tristes mots

Voici que se heurtent les mots

De ceux qui s’oublieront bientôt