De l’amour à l’amitié

Amour ! Amour ! cruel vainqueur
Fuis puisqu’il faut que je te craigne
Et ne règne plus sur un cœur
Qu’on méprise et que l’on dédaigne
C’est bien assez de m’enlever
L’espoir de plaire et de séduire
Ah ! permets-moi de n’éprouver
Que les sentiments que j’inspire.

Tendre amitié, présent des cieux
Viens rendre la paix à mon âme
L’amour m’embrasa de ses feux
Reviens m’éclairer de ta flamme
L’amour fait payer ses faveurs
Plus douce, sans être moins tendre
Tu viens pour essuyer nos pleurs
Et l’amour nous en fait répandre.

Tes feux sont plus purs que les siens
C’est pour blesser qu’amour caresse
À tous les âges tu conviens
L’amour ne sied qu’à la jeunesse
Par le temps il est affaibli
En un jour il est infidèle
Tandis que plus elle a vieilli
Plus l’amitié paraît nouvelle.

L’amitié vit sous un ciel pur
Que troublent de légers nuages
Et l’amour sous un ciel obscur
Désolé par de longs orages
L’une a pour but notre bonheur
Pour régner l’autre veut séduire
L’une est la sagesse du cœur
L’autre n’en est que le délire.

Lorsque l’amour nous a soumis
Bien souvent sa chaîne nous blesse
On peut chérir quelques amis
Il faut n’aimer qu’une maîtresse
Servants d’amour peuvent changer
Ceux de l’amitié sont fidèles
Et ce n’est que pour obliger
Qu’à l’amour ils volent les ailes.

Mais l’Amour a pourtant du bon
Tendre Amitié, je t’en supplie
Conserve sous un autre nom
Son feu, sa brûlante énergie
Embrase, électrise mon cœur
Et que l’objet qui m’a su plaire
Sensible aux charmes de la sœur
La prenne souvent pour la mère !

Jeanne12